La communication
Le "langage" du cheval
Selon Henry Blake (Je parle aux chevaux...,1997), tout langage est un code conventionnel destiné à communiquer avec les autres et à exprimer des idées, des sentiments, des intentions.
Evidemment le cheval ne parle pas dans un langage articulé comme celui de l'homme mais il possède un langage propre destiné à transmettre des messages à ses congénères ou à exprimer ce qu'il ressent. Comme les sourds muets dont il est impossible de nier qu'ils possèdent un langage constitué de mouvements, les chevaux ont aussi un langage constitué principalement de mouvements qu'ils produisent avec différentes parties de leur corps, de postures, d'attitudes affectant l'ensemble du corps mais aussi d'une gamme d'hennissements distincts.
Pour qu’un code fonctionne et soit efficace, il faut que :
- le même signe représente toujours la même chose; le code doit être limité pour rester compréhensif.
- le code doit être le même pour tous.
Code du cheval
Deux sortes de "langages" relativement bien connus sont présents chez le cheval. Nous tiendrons compte d'un troisième qui reste encore peu connu et exploré, souvent même contesté par les scientifiques :
- le langage sonore
- le langage corporel (par signaux)
- la perception extrasensorielle
En premier lieu, il est nécessaire de définir, chez le cheval, la notion de message. Un messagesignifie une intention, une menace ou une question, un sentiment ou une affirmation, exprimés par un cheval. Il existe aussi des sous-messages ; c’est une réponse ou le développement d’un message. Quelques messages sont transmis par des signes, par des sons, ou par une combinaison de ces deux. (Blake H. 1998)
Le langage sonore
Le langage sonore, varie selon le sexe du cheval: étalon, hongre et jument ont un registre complètement différent. Une série de notes peut signifier une chose pour un étalon et une autre pour une jument. Il est aussi important de tenir compte de l’âge du cheval: le poulain utilise des notes et une gamme de sons qui, cinq ans plus tard, seront totalement différents. Par contre, ils possèdent tous, que ce soit la jument, le hongre ou l’étalon une même gamme de notes et de tons qu’ils émettent de onze manières différentes.
Le cheval se sert de ses naseaux comme caisse de résonance. Il peut les faire vibrer, claquer, ou laisser passer l’air doucement entre ceux-ci. En ce qui concerne le hennissement, le cheval utilise ses fosses nasales ; le son de celui-ci dépend de l’intonation.
L’étude de ce "vocabulaire" est particulièrement difficile, car le cheval, contrairement à l’homme, n’utilise pas les sons en succession pour transmettre son intention. Il est important de signaler que le cheval associe souvent les sons et les signaux, un signal étant un mouvement quelconque (ex: tourner la tête, lever une jambe). Chaque cheval a son répertoire de sons comme il existe différentes langues chez l’homme. Selon une étude menée par Henry Blake (Penser cheval, 1998) les équidés utilisent environ quarante-sept "phrases", et cinquante-quatre sous-messages. L’erreur a été souvent d’attribuer une même signification à un son, ce qui a rendu la recherche difficile. Il existe cependant des messages de base (sonores) reconnaissables chez tous les chevaux, mais une sérieuse expérience est nécessaire, dans ce domaine, pour pouvoir les identifier.
Les équidés ont également la capacité de compléter leur message dans un hennissement en émettant un son complémentaire, cela peut le renforcer. Par exemple, un hennissement simple peut signifier "Viens ici !" En ajoutant un son, ce même hennissement signifie "Viens ici tout de suite !". Le changement de ton de la voix est également important ; un son plus grave devient plus autoritaire. Le volume sert au cheval lorsque celui-ci appelle ses congénères si ceux-ci sont éloignés ou invisibles.
Le contexte influence aussi la répartition des sons ; un cheval sauvage n’utilisera pas les mêmes sons qu’un cheval domestiqué. Le cheval sauvage est confronté à des situations totalement différentes, situations que le cheval domestiqué ne connaît plus ou pas. A titre d'exemple, la parade nuptiale ne sera pas connue d’un étalon domestiqué, non-destiné à se reproduire. Le cheval sauvage ne connaîtra jamais l’impatience de l’heure du repas apporté par l’homme, etc.
Le langage corporel
Le langage corporel (émis par signaux), a plusieurs buts :
- exprime une intention
- attire l’attention sur un objet
- exprime une " opinion "
Le langage corporel est plus régulier que les sons, et plus facile à interpréter. Les signaux sont communs chez tous (étalon, hongre et jument), ce qui enlève la difficulté d’interprétation rencontrée pour les sons. Il existe des exceptions cependant; le poulain aura des signes de soumission envers les chevaux adultes que plus tard il n’exécutera plus. Il est établi qu’entre soixante-dix et quatre-vingts signaux sont utilisés par le cheval.
Le cheval utilise tout son corps; naseaux, nez, bouche, yeux, oreilles, tête, encolure, peau, queue, jambes et pieds.
Le cheval qui pousse de son nez un congénère, le fait en signe d’affection ; une jument saluera son poulain en agissant ainsi.
La bouche peut s’ouvrir en signe de protestation, et le cheval peut mordre à l’occasion. Différentes sortes de morsure existent; la morsure "amoureuse", la morsure de la jument à son poulain (utilisation des lèvres) et la morsure de colère qui est exécutée à pleine dents.
Les yeux, contrairement à l’homme, ne peuvent guère exprimer une expression (peut-être à cause de l’uniformité de la couleur de leurs yeux) mais indiquent seulement une direction.
Les oreilles ont un éventail impressionnant de significations; couchées en arrière, elles sont signes de menace extrême. Pointées en avant, elles sont signes d’une grande attention portée vers l'avant. A moitié couchées, elles signifient une attention portée vers l’arrière. Tombantes elles indiquent le repos et il existe bien d’autres positions, avec pour chacune une signification précise. (Blake H. 1997)
La tête et l’encolure servent à attirer l’attention sur un objet ou à communiquer l’intention d’aller dans une direction. Ces deux éléments du corps sont très importants, car ils sont fréquemment utilisés.
La queue peut être utilisée en signe de protestation en fouettant l’air, ou soulevée pour une jument qui invite l’étalon à s’accoupler.
La peau peut traduire une douleur ou une gêne par un simple tressaillement ou une contracture.
Les membres, sont des armes offensives ou défensives. Les antérieurs comme armes offensives et les postérieurs comme armes défensives (ex: agresseur par derrière). Ils sont donc signe de menace; une jambe levée peut signifier que le cheval risque de taper.
Il est important aussi de distinguer deux types de mouvements: avertissement et menace. Ces deux notions ont un sens propre car elles dépendent de la vivacité du mouvement. Cela pourrait être comparé à la force de langage de l’homme. Mais c'est uniquement en connaissant bien l'animal qu'il est possible d'interpréter le sens du mouvement. (Blake H. 1998)
Perception extrasensorielle
La perception extrasensorielle, comme moyen de communiquer, est encore peu explorée. La perception extrasensorielle signifie tout ce qui est perçu sans l’intermédiaire des sens. Il serait donc possible de la qualifier de "sixième sens", phénomène souvent observé chez les espèces animales.Elle pourrait être définie comme toute transmission d’humeur et/ou d’idées, contrairement à la télépathie qui est une transmission de pensées. Le problème, c’est qu’aucune explication scientifique n'a pu être élaborée à ce jour. Toute personne connaissant les chevaux observe en permanence ce type de perception. Par exemple, il est très fréquent qu’un cheval nerveux en balade, ou lors du transport soit accompagné par un cheval expérimenté et calme. Le cheval qui s’agitait, se calme car il "sent" vraisemblablement la paix qui règne intérieurement chez l’autre cheval. Un cheval effrayé dans une écurie pourra en effrayer un autre même si celui-ci ne peut le voir, ni l’entendre. Selon, quelques études, ce type de communication est vitale pour la survie des chevaux. Un prédateur repéré par un élément du troupeau, alertera tout le reste du groupe même si ceux-ci sont éloignés et ne sont pas visibles. (Blake H. 1997)
La perception extrasensorielle sera implicitement reprise plus tard avec l’exposé des méthodes de Pat Parelli et Monty Roberts.